01 avril 2008
Les Protubérances

Voici donc mon cinquième roman, disponible dès aujourd'hui, toujours en auto édition et toujours sur internet. Les Protubérances.
Résumé :
Emilie, onze ans, surdouée, passe le baccalauréat cette année. Mais c’est sans compter sur une tragédie qui mine son existence : des protubérances mammaires poussent sur son corps, qui n’a de cesse de s’allonger… Seulement voilà, Emilie refuse de grandir, pire encore : de devenir une femme. C’est alors qu’elle entame une véritable croisade contre sa féminité.
Extrait :
Rien de pire ne pouvait m’arriver :
me scrutant devant la glace, à l’âge de onze ans, j’ai vu mon corps
s’agrandir, comme un élastique. Et deux petites boules informes sont
apparues au-dessus de mes côtes. Deux petites boules roses et grêles.
Le désastre était pour le moins éminent. Alors, j’évitais de trop me
regarder nue.
A présent, j’étais comme les autres filles de ma classe. Il faut
dire qu’à onze ans, j’étais déjà en terminale, grâce à des dispositions
intellectuelles phénoménales.
Ma mère a tout de suite remarqué que je m’allongeais en triangle :
ma tête était bien plus haute, mes épaules incurvées, ma culotte de
cheval n’en avait pris que plus d’ampleur et il y’avait, cruel
châtiment, ces petites boules que, sans doute, je ne pourrais
dissimuler plus longtemps. Bref, je ressemblais à pas grand-chose et,
malgré tous ces changements inopportuns, j’appréhendais de devenir une
femme.
Rose, une fille de la classe, du genre un peu rebelle, abonnée au
rituel de la scarification pour conjurer son ennui profond et
inéluctable, la seule qui, en fait, daignait m’adresser la parole,
avait remarqué les deux vagues monticules qui déformaient légèrement
mes vêtements.
« Tu pousses comme une fleur, Emilie. Tu bourgeonnes ! C’est merveilleux ! »
Quant à moi, vraiment, je ne voyais là vraiment rien de merveilleux.
Les garçons, eux, ne regardaient même pas mes bourgeons à peine
éclos. Les autres filles se gaussaient et, semaine après semaine, mon
embarras ne faisait que croître. Je me sentais indésirable, dans ce
corps trop grand pour moi, improbable fœtus de femme. Je sentais bien
que ce n’était que transitoire, mais, malgré tout, je ne m’en
accommodais pas. Changer aussi vite me posait bien des tracas car je ne
parvenais pas à m’habituer à cette jeune fille sans cesse différente,
aperçue chaque matin et soir devant le miroir : d’abord ronde comme une
boule de pain, j’étais devenue une bouteille d’orangina de plus en plus
filiforme, la pulpe en moins.
Fidèle à mon poste d’observation, j'examinais curieusement et
méticuleusement, disséquais visuellement mon apparence, traquant la
moindre de mes imperfections. Ma mère se rendit très vite compte de ce
petit manège si bien qu’elle prit la décision de s’entretenir de ce
sujet avec moi. Un soir que l’auteur de mes jours manquait à l’appel du
souper, elle me coinça sur le divan, prenant son air de femme
d’affaires au sourire artificiel :
« Assieds-toi ici, ma petite Emilie. Il est temps qu’on ait une petite conversation entre femmes. »
J’entrevoyais déjà le désastre : l’expression entre femmes
trahissait sa volonté concupiscente de me parrainer à ce monde nouveau
de la féminité. Pire encore, je sentais bien que j’aurais droit à ses
récits ineptes et exaltés de jeune fille de pensionnat. Il me faudrait
alors passer de Flaubert à Barbara Cartland, ce qui augurait du pire
pour ma santé mentale déjà fort menacée.
Eussé-je élaboré un quelconque stratagème, aidé du milliard de
neurones dont j’étais pourvue, je ne serais point parvenue à éviter
cette catastrophe ou alors j’aurais dû recourir à des moyens extrêmes
comme la fugue ou quelque chose de plus noble et élaboré, par exemple
arranger un enlèvement, en soudoyant quelques banlieusards désoeuvrés,
mais parfaitement cupides.
Point me faut de volonté quand celle de ma génitrice domine en tout
: déesse improbable, ce que Madame Colon décide ne manque jamais de se
réaliser. Elle a une emprise réelle sur la matière. Ses désirs sont des
ordres, ses plaisirs, des désordres. En conséquence, je m’exécute, en
fille servile que je prétends être, par peur qu’une malédiction en
provenance de l’Olympe me tombe sur le coin du nez, bien assez évasé
qui plus est.
Je n’ai du reste pas encore précisé que mon physique ingrat ne
s’étendait pas qu’à la simple structure de mon corps déformé par la
croissance, mais concernait également mon visage, poupin et bubonique.
Je n’évoquerai même pas mon sourire simiesque, laissant planer le doute
quant à un éventuel myxœdème. Vivre cinq ans au Cambodge et à
Tombouctou n’a pas dû arranger les choses.
Je me suis donc résolu à m’asseoir à ses côtés.
« Emilie, j’ai remarqué chez toi de grands changements ! »
Silence de ma part. Un ange passe. Puis deux, c’est merveilleux.
Or, elle revint à la charge. La carne. Car c’était inévitable, une fois
la machine lancée. Génitrice poursuivit, emballée, avec de grands airs
d’institutrices vierges et ménopausées :
« Lorsque j’avais ton âge (phrase fatale, prémices à la logorrhée)
ma mère me faisait s’asseoir sur le sofa et m’a dit quelque chose comme
: « Ma chère enfant, j’ai cru remarquer en toi d’augustes changements.
» Les temps ont certes changé, me confia-t-elle en prenant une voix
nostalgique, mais il est des choses bien immuables, mon trésor. Je veux
te parler de maturité féminine. Tu vas bientôt pouvoir donner la vie.
Comprends-tu ce phénomène ? »
[Pour connaitre la suite, une seule adresse : LES PROTUBÉRANCES.]
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